Les Autochtones en milieu urbain

Les Autochtones en milieu urbain

Entre les mois d’août et d’octobre 2011, Samara s’est entretenu avec des Canadiens inactifs des quatre coins du pays réunis en groupes de consultation. Samara a publié les résultats complets de cette étude dans le rapport intitulé Les véritables étrangers : la politique et la démocratie vues par les citoyens inactifs sur le plan politique. Le présent document vise à étayer Les véritables étrangers, en fournissant plus d’informations et plus de détails sur les conversations à l’intérieur de chaque groupe de consultation. 

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Pourquoi devons-nous nous battre?

Profil du groupe de consultation : À Toronto (Ontario), Samara a rencontré neuf Autochtones de milieu urbain âgés de 23 à 62 ans. Leurs études et leur cheminement de carrière variaient; quelques-uns d’entre eux avaient fait des études secondaires, d’autres les avaient terminées tandis que trois autres avaient obtenu un diplôme d’études collégiales ou universitaires. Quatre participants étaient chefs de famille monoparentale alors que les autres ont déclaré ne pas avoir d’enfant de moins de 18 ans. Certains avaient habité pendant plus de 30 ans à Toronto et d’autres, quelques années seulement. Plusieurs ont dit qu’ils s’étaient promenés et qu’ils avaient vécu « dans le Nord » et dans d’autres villes durant leur vie. Samara n’a pas confirmé si tous les participants étaient des membres des Premières nations ou s’il y avait parmi eux des Inuits ou des Métis. C’est pourquoi il est question dans le rapport du « groupe de consultation des Autochtones ». 

Les participants du groupe de consultation des Autochtones en milieu urbain ont, plus que tous les autres, exprimé des préoccupations à propos de questions environnementales. La qualité de l’air et de l’eau, l’augmentation de la pollution, l’accélération des changements climatiques et les graves famines partout dans le monde sont autant de questions qui ont été soulevées par divers participants. Bon nombre d’entre eux se sont aussi dits inquiets pour les générations à venir qui devront faire face aux défis actuels, comme la dégradation de l’environnement. « Qu’est-ce qui va arriver à mes petits-enfants? », se demandait une femme.

Malgré leurs préoccupations communes, les participants ne considéraient pas l’engagement politique traditionnel comme un moyen efficace pour arriver à des améliorations : « Je n’aime pas me mêler de politique », a dit une femme, « parce qu’on a l’impression, à les voir aller, que tous les politiciens, du palier municipal au fédéral, disent une chose et font complètement le contraire. » Une autre femme a indiqué que le meilleur moyen de montrer son insatisfaction face au statu quo était l’abstention, « ne pas voter ».

Leur décision de ne pas participer à la vie politique s’expliquait aussi par un sentiment d’incapacité personnelle à changer quoi que ce soit. Une femme ne croyait pas avoir les ressources nécessaires : « Il est à peu près impossible pour quelqu’un, personnellement, de faire changer les choses. À moins d’avoir des ressources et des contacts… Si on n’a pas de contacts, je ne vois pas comment on peut vraiment changer quelque chose. » Une autre était intimidée à l’idée de s’engager sans l’appui de quelqu’un : « J’ai l’impression que je ne peux pas – personne ne m’appuiera. » Ces sentiments captent l’essence même de la notion d’étranger – à savoir, une sensation d’impuissance.

Certains participants de ce groupe ont choisi la spiritualité pour gérer ce sentiment d’impuissance : « Je prie tout le temps », a dit une femme. C’est le seul groupe de consultation à avoir évoqué la valeur de la spiritualité. Pour reprendre les propos d’un homme : « Je m’occupe de ma famille et de moi-même. Je ne m’en fais pas pour le leadership communautaire. Il s’agit surtout d’avoir un impact local. La prière et la spiritualité occupent une grande place dans ma façon de voir la vie. Ce n’est pas vraiment une question de politique. » En plus d’être une source de réconfort, leur spiritualité peut être une source de force : « Le créateur nous a donné une voix », d’affirmer une femme.

L’histoire collective des Autochtones a aussi été mise en évidence. Bon nombre ont parlé de la négligence et des abus du régime politique dirigeant envers plusieurs générations. De la perte de leurs terres à la politique des écoles résidentielles, il est clair que de telles expériences continuent à façonner aujourd’hui les vues des Autochtones sur la politique canadienne. Dans cet ordre d’idées, une femme a qualifié la gouvernance canadienne de « régime étranger » tandis qu’une autre a décrit la démocratie comme étant « le moindre des maux ». Il n’est pas surprenant qu’une méfiance persiste envers les politiciens et le gouvernement. Les Autochtones se demandent : « Pourquoi devrions-nous avoir à nous battre pour nos terres? Les dirigeants politiques qui sont censés nous aider n’arrêtent pas de dire que nous avons beaucoup souffert... pourquoi faudrait-il que nous renoncions à nos droits? L’avenir et l’éducation de nos enfants sont en jeu. »

Il y a un véritable écart – un des plus grands chez les groupes de consultation – entre les idéaux démocratiques de « liberté », de « coopération » et de « lutte des politiciens pour la population » et l’expérience de la politique au quotidien. Lorsqu’on a demandé aux participants de ce groupe quelles mesures pourraient être prises pour qu’ils soient plus positifs face à la démocratie et à la politique, voici certains des changements qu’ils ont proposés :

  • « Il faudrait que les Autochtones aient plus de droits… ils coupent nos soins dentaires… ils ne devraient pas faire ça. »
  • « … une chose, ils pourraient honorer nos revendications foncières et nos traités… j’arriverais peut-être un tout petit peu à penser qu’ils ne sont pas si pires. »
  • « Faites ce qu’il faut pour que je me sente en sécurité… Je ne me sens pas en sécurité dans mon quartier… J’ai peur de sortir de cette pièce avec mes filles. J’ai peur qu’elles se fassent tirer dessus. »
  • « … nous devrions avoir notre propre parti [politique]. Qu’est-ce qu’on fait avec ces gens-là? Pourquoi même penser à les appuyer? Pourquoi n’avons-nous pas notre propre parti, issu de la même culture? »

Lorsqu’on a posé la question « Qu’est-ce qui vous ferait changer d’idée? », quelqu’un a résumé la situation en peu de mots : « Si vous voulez donner votre avis, savoir que quelqu’un va vous écouter et agir. »