Les Canadiens à plus faible revenu

Les Canadiens à plus faible revenu

Entre les mois d’août et d’octobre 2011, Samara s’est entretenu avec des Canadiens inactifs des quatre coins du pays réunis en groupes de consultation. Samara a publié les résultats complets de cette étude dans le rapport intitulé Les véritables étrangers : la politique et la démocratie vues par les citoyens inactifs sur le plan politique. Le présent document vise à étayer Les véritables étrangers, en fournissant plus d’informations et plus de détails sur les conversations à l’intérieur de chaque groupe de consultation. 

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Des administrés déçus

Profil du groupe de consultation : À Hamilton (Ontario), Samara a rencontré six Canadiens, âgés de 35 à 50 ans, de statut socio-économique moins élevé. Le revenu familial moyen des participants se situait entre 35 000 $ et 40 000 $; aucun d’eux n’avait un revenu de plus de 50 000 $ tandis que l’un d’entre eux gagnait moins de 15 000 $ par année. Leur cheminement scolaire et professionnel variait. Trois avaient terminé leurs études secondaires tandis qu’un participant avait entrepris des études collégiales, un autre les avait terminées et un dernier avait un diplôme universitaire. Un participant était en chômage alors que d’autres étaient des gens de métier ou travaillaient dans la vente.

Les Canadiens du groupe de consultation à plus faible revenu s’intéressent à la politique, mais ils n’aiment pas ce qu’ils voient. Ils accordent énormément d’importance aux promesses tenues et sont très conscients des conséquences que peut avoir dans leur propre vie le fait qu’ils ne respectent pas leurs engagements. Par conséquent, ils sont déçus quand les politiciens – peu importe leur parti politique – manquent à leurs promesses. Mais quand en plus les politiciens manquent à leurs obligations, nombreux sont ceux qui se sentent particulièrement vexés : « Si vous dites que vous allez faire quelque chose, vous devriez le faire. Si votre patron vous dit de faire quoi que ce soit et que vous ne le faites pas, vous risquez de vous retrouver sans emploi… Les politiciens n’arrêtent pas de faire des bêtises, et ils gardent quand même leur emploi. » L’absence de conséquences décourage les Canadiens de ce groupe d’aller aux urnes : « Je n’ai pas l’impression d’avoir un rôle à jouer en politique parce que les politiciens ne font que mentir. Au bout de quatre ans – je trouve que ça ne vaut même plus la peine. »

Selon ce groupe, le problème est en partie attribuable à la couverture médiatique de la politique. Voici ce qu’avait à dire une femme :

Une meilleure transparence serait nécessaire. On nous dit où ils sont allés en voyage, dans quels hôtels ils sont restés et où ils en sont dans leur travail. C’est ce qu’on nous raconte. C’est pour ça qu’on les paye. Pas pour leurs activités sociales. On s’en fout. Tout comme ils n’ont rien à foutre de ce que je fais.

Les participants considéraient avoir un rôle très limité à jouer à l’intérieur de la politique et de la démocratie où le vote n’est pas une responsabilité bien importante. Quand il a été directement question de leur rôle, ils ont dit se sentir tout à fait incapables de faire plus et devoir plutôt se contenter de « payer des impôts » et de « suivre les règles ». Dans le même ordre d’idées, un homme a dit : « Je ne suis qu’un petit poisson dans une petite mare. Peu importe ce que je dis ou fais. Il faut être plusieurs pour agir – tout le monde doit être d’accord – c’est là le problème. Personne ne l’est jamais. » Somme toute, l’incapacité de changer les choses s’est soldée par un désengagement politique chez ce groupe qui se laisse plutôt gouverner passivement. « Je donne de l’argent au gouvernement et il fait ce qu’il veut avec », a ajouté un homme, ce qui illustre bien cette idée.  

Néanmoins, certains participants demeuraient convaincus qu’il était de leur devoir dans une certaine mesure de participer à la démocratie. Pourtant, ce sentiment de responsabilité ne se traduit pas nécessairement par l’exercice du vote. « Nous avons tous le devoir de parler à nos enfants de ce qui se passe dans le monde et de leur montrer les règles à suivre », a dit une femme. Une seule participante a laissé entendre que « peut-être qu’il y a de la place pour nous » dans le système politique. Mais, pour qu’il y ait de la place, il faudrait qu’elle « fasse pression », ce qui laisse sous-entendre la tendance du système à marginaliser les gens s’il y a peu de résistance. En d’autres mots, quiconque n’exerce pas de pression peut rapidement devenir un étranger. 

Quelques participants ont indiqué qu’ils avaient été plus actifs au niveau local – souvent dans des comités de parents à l’école de leurs enfants. C’était nécessaire « parce que je vivais presque uniquement pour mes enfants à ce moment-là », a dit une femme. Même si ces parents étaient prêts à s’adresser au besoin au directeur de la commission ou du conseil scolaire, ils ne se voyaient pas s’engager au-delà de telles circonstances extraordinaires.

Le groupe à plus faible revenu a fait grand cas des libertés démocratiques, qualifiant le Canada de « paradis » à cet égard, mais, dans l’ensemble, les participants en sont venus à avoir une certaine réticence à s’engager davantage – du moins jusqu’à ce que les politiciens soient plus responsables et le système politique, plus sensible à leurs besoins – qu’il s’agisse du prix de l’essence, des délais d’attente dans les hôpitaux ou de l’inégalité croissante. Ils demeuraient ouverts à la participation, mais voulaient savoir que l’effort en vaudrait la peine.