Les Canadiens en milieu rural

Les Canadiens en milieu rural

Entre les mois d’août et d’octobre 2011, Samara s’est entretenu avec des Canadiens inactifs des quatre coins du pays réunis en groupes de consultation. Samara a publié les résultats complets de cette étude dans le rapport intitulé Les véritables étrangers : la politique et la démocratie vues par les citoyens inactifs sur le plan politique. Le présent document vise à étayer Les véritables étrangers, en fournissant plus d’informations et plus de détails sur les conversations à l’intérieur de chaque groupe de consultation. 

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Personne pour qui voter

Profil du groupe de consultation : À Ottawa (Ontario), Samara a rencontré un groupe de six Canadiens, âgés de 21 à 57 ans. Ces Canadiens provenaient de plus petites collectivités rurales en banlieue d’Ottawa, comme Barrhaven, Metcalfe et Carleton Place en Ontario et Aylmer dans la région de Gatineau, du côté du Québec. La population de ces collectivités variait entre 1700 et 50 000 habitants. C’était l’un des groupes de consultation les mieux nantis, le revenu de la plupart des ménages s’élevant à plus de 50 000 $ par année. Un grand nombre de participants ont indiqué qu’ils travaillaient à Ottawa. Tous avaient fait des études collégiales ou universitaires. Seuls deux d’entre eux n’étaient pas mariés.

Les Canadiens de milieu rural avec qui Samara a parlé se sont dits très déçus de la politique – et des politiciens. Ils étaient particulièrement sensibles aux questions qui touchent leur vie quotidienne : des écoles surpeuplées, les règlements municipaux, la vitesse dans leurs rues, le coût de l’électricité, la disparition des petits commerces. « Nous avons un hôtel de ville », a dit un homme, « mais aussi bien parler aux murs ».

Les élections étaient l’une des principales causes de leur insatisfaction. Quoique certains participants aient dit voter à l’occasion, leur manque d’empressement était évident : « J’ai l’impression qu’ils disent tout ce qu’on veut entendre, qu’ils racontent n’importe quel mensonge pour gagner notre confiance », a indiqué un homme. « Il n’y a personne pour qui voter », d’ajouter un autre, « il n’y a personne d’honnête ».

Pourtant, certains n’ont pas toujours eu l’impression qu’il ne leur servait à rien de voter :

Quand j’ai eu 18 ans, j’étais fier de pouvoir enfin voter. C’est comme obtenir son permis de conduire… J’aimerais avoir un peu plus de temps pour apprendre à connaître les candidats et essayer de décider pour qui voter, mais le temps passe, et j’ai mes études, mes amis, ma famille – je demande l’avis de quelqu’un et je vote en conséquence.

Dans le cadre de la réflexion sur le rôle dans la démocratie, un homme a fait observer que « c’est chacun son choix », et il a admis qu’il ne votait pas toujours. Une femme a dit croire que son rôle était de montrer son « appartenance » à sa communauté, ce qui contribue à « bâtir une “véritable” démocratie ». Un homme avait l’impression que son rôle était relégué au second plan : « Beaucoup de compagnies, comme Wal-Mart qui est plus qu’un simple magasin, ont une grande influence politique… elles ont beaucoup de pouvoir et tirent les ficelles. » Parce qu’ils ne peuvent pas faire entendre leur voix, une femme pense que les Canadiens comme elle « … attendent juste que quelque chose se passe. Ils attendent et attendent et attendent pour finir par se lasser; c’est décourageant. » Par conséquent, a-t-elle ajouté : « Ça ne vous tente pas d’aller plus loin; vous n’êtes pas content et vous vous demandez ce qui va arriver. »  

Même si la plupart croient que leur vote « ne changera rien », ce n’était pas un groupe complètement apathique. Une femme a fait remarquer que « les gens veulent du changement ». Pourtant, dans leur quête, les participants n’ont trouvé « personne, à quelque niveau que ce soit, qui incite à être positif. » Ils voudraient un différent genre de politique : « Tout le monde dans cette pièce aimerait continuer à croire qu’il se passe des choses… »

Les participants du groupe de consultation des Canadiens en milieu rural partageaient un sentiment de résignation face à leur sphère réelle d’influence : s’ils ne pouvaient pas arriver à faire changer une chose aussi simple et aussi locale qu’un dos d’âne dans leur rue ou le zonage dans leur collectivité en expansion, à quoi bon aller plus loin ou à des paliers supérieurs de gouvernement? Ils savent ce qui se passe à l’intérieur du système politique, mais ils voudraient, en tant qu’étrangers, que des changements y soient apportés.