Les femmes anglophones au Québec

Les femmes anglophones au Québec

Entre les mois d’août et d’octobre 2011, Samara s’est entretenu avec des Canadiens inactifs des quatre coins du pays réunis en groupes de consultation. Samara a publié les résultats complets de cette étude dans le rapport intitulé Les véritables étrangers : la politique et la démocratie vues par les citoyens inactifs sur le plan politique. Le présent document vise à étayer Les véritables étrangers, en fournissant plus d’informations et plus de détails sur les conversations à l’intérieur de chaque groupe de consultation. 

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Une lutte constante

Profil du groupe de consultation : À Montréal (Québec), Samara a rencontré sept femmes âgées de 31 à 63 ans. Toutes ont dit préférer s’exprimer en anglais plutôt qu’en français. Cependant, Samara n’a pas confirmé si l’anglais était en fait leur langue maternelle – c’est pourquoi il n’est pas question dans le présent rapport des « anglophones ». Toutes, sauf une, avaient fait des études collégiales ou universitaires et la plupart avaient un emploi stable. Trois participantes avaient des enfants à la maison.

Pour les femmes anglophones du Québec, la disponibilité et la qualité des services publics constituent le principal outil d’évaluation de la politique et de la démocratie. Dès le départ, plusieurs participantes ont insisté sur les efforts qu’elles font pour que l’on tienne compte de leurs préoccupations, par exemple s’assurer que leurs enfants reçoivent l’aide dont ils ont besoin à l’école.

Une autre a décrit sa difficulté à démarrer sa propre entreprise – ne sachant pas par où commencer. Sa municipalité l’a aidée à avancer dans la bonne direction, « mais j’ai dû multiplier les démarches et me démener sans arrêt pendant six mois ». Les « nombreuses démarches » sont d’ailleurs un thème qui est ressorti de l’expérience des participantes. « La main droite ne sait pas ce que fait la main gauche », a dit une femme. La plupart de leurs critiques étaient dirigées contre l’administration municipale ou le gouvernement provincial. Il y a eu très peu d’allusions au gouvernement fédéral ou à Ottawa.

 Les démarches à n’en plus finir ont engendré de la frustration et un sentiment d’inutilité : « Personne n’a l’air d’écouter. » Plusieurs ont déploré l’absence d’employés des points de service prêts « à faire le petit effort supplémentaire pour aider »; autrement, « les résultats seraient meilleurs ». En fin de compte, les participantes se demandaient pourquoi il leur fallait tant se battre. Même quand « les gens sont prêts à aider, il faut continuer à pousser », a dit une femme, « on ne peut jamais baisser les bras ».

Il est certain que le fait d’être une minorité linguistique contribue aussi à exacerber les frustrations. Une participante a utilisé le mot « confrontation » pour décrire ses rapports avec le gouvernement en matière de langue et de services. Une autre a fait observer que « bien des fois, on fait semblant [au gouvernement] de ne pas nous entendre »¸ quand nous parlons anglais.

Certaines ont admis pouvoir dire en toute confiance « ce qu’elles ont à dire, au travail, jusqu’à un certain point ». Cependant, dans l’ensemble, les participantes partageaient un profond cynisme à l’égard de l’engagement au-delà de leur emploi envers le système politique municipal, provincial ou fédéral :

  • « Vous allez à ces réunions et dites ce que vous avez à dire et il y a là un ou deux soi-disant représentants des Communes pour vous entendre, et dont vous n’entendez plus jamais parler ensuite. Je viens de passer deux heures ici à vous exprimer mon opinion, et ça ne donnera rien. »  
  • « J’essaie de m’intéresser à ce qui se passe. Il m’est arrivé de vouloir me faire entendre, mais, au bout du compte, il n’y avait personne pour m’écouter – en fait, il y avait quelqu’un, mais qui ne m’entendait pas. »
  • « … j’ai déjà fait signer des pétitions parce que j’y crois, mais, après un bout de temps, quand ça ne donne rien, c’est à se demander à quoi ça sert et si on vient frapper à ma porte parce qu’on sait que je m’implique, et que je dis que je n’ai pas le temps cette fois-ci, je me sens mal… »

Leur décision de prendre une part moins active à la vie politique n’est pas surprenante vu l’inutilité apparente de leurs gestes. « Ce n’est pas par manque de cœur de notre part », s’est empressée de dire une participante, mais à cause plutôt « de ce que j’appellerais un manque de considération envers nous ». De tels propos donnent à penser que le désengagement est une décision raisonnée de la part des participantes. Pourquoi continuer à essayer de faire entendre sa voix quand on n’est pas digne de considération? Ainsi, les participantes ont indiqué que la démocratie était en quelque sorte une « illusion ». Autrement dit, leurs idéaux démocratiques ont été déçus.

Selon une participante, les citoyens ne toléreront pas une telle situation indéfiniment. Or, s’ils ne croient pas aux modes d’expression traditionnels de la participation politique, comme le vote, ils n’auront pas d’autre choix que de descendre dans la rue : « Ce sera l’enfer, dans les rues et dans notre vie de tous les jours. »

Même si ces femmes ont une bonne idée des qualités que la démocratie devrait posséder, la notion que la démocratie constitue une « illusion » ou un « rêve » suggère qu’elles y ont pris part à l’intérieur des limites qui existent, mais qu’elles sont parfaitement conscientes de ces limites.