Les femmes francophones au Québec

Les femmes francophones au Québec

Entre les mois d’août et d’octobre 2011, Samara s’est entretenu avec des Canadiens inactifs des quatre coins du pays réunis en groupes de consultation. Samara a publié les résultats complets de cette étude dans le rapport intitulé Les véritables étrangers : la politique et la démocratie vues par les citoyens inactifs sur le plan politique. Le présent document vise à étayer Les véritables étrangers, en fournissant plus d’informations et plus de détails sur les conversations à l’intérieur de chaque groupe de consultation. 

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Rien ne change

Profil du groupe de consultation : À Montréal (Québec), Samara a rencontré cinq femmes francophones de différents quartiers. Le groupe était diversifié sur plusieurs fronts. Certaines avaient fait des études secondaires alors que d’autres avaient terminé des études collégiales. Trois étaient nées à l’extérieur du Canada; l’une d’elles y vivait depuis 22 ans et une autre depuis six ans seulement. Le revenu du ménage de certaines pourrait aussi être considéré comme faible. 

Les femmes francophones de Montréal étaient représentées par un groupe diversifié, trois des cinq participantes étant nées à l’extérieur du Canada. Lorsqu’on leur a demandé quelles étaient les questions importantes pour elles, il n’est pas étonnant qu’elles aient mentionné au nombre de leurs préoccupations les conflits à l’étranger ou l’instabilité politique et économique dans les régions d’où venaient leurs familles. Elles n’en éprouvent pas moins une forte aversion pour la politique – encore plus marquée, sans doute, certaines ayant exprimé la conviction que la politique est partout pareille : « … peu importe le pays, les politiciens, le gouvernement essaient de s’approprier l’argent et la population n’a rien. »

D’autres questions, comme le paiement des frais de scolarité et l’infrastructure locale, y compris les ponts et tunnels, ont soulevé des sentiments semblables; aux yeux de ces femmes, les politiciens « ne pensent qu’à leurs propres intérêts » alors que le but de la politique « devrait être d’aider les gens ».

Une femme a décrit ses efforts pour que le circuit d’autobus scolaire soit rallongé d’un kilomètre afin que son enfant puisse se rendre à l’école plus facilement. « J’ai fait toutes les démarches nécessaires. J’ai fait un tas de téléphones. J’étais même prête à payer », a-t-elle fait observer, « j’ai même téléphoné à mon député… il a été tellement gentil que je pensais qu’il allait faire quelque chose, mais non, rien. J’étais déçue. Ça m’a découragée ».

Une autre femme avait complètement renoncé à l’idée d’essayer d’obtenir de l’aide de représentants élus. Lorsque les logements à loyer modique où elle vivait ont été complètement rénovés, elle est l’une des seules locataires à être demeurée chez elle – d’autres ont été déménagés dans un hôtel. Pendant un bout de temps, en raison de la construction, elle a été privée de sa toilette et devait utiliser celle de voisins. Elle pense qu’aucun politicien n’aurait pu l’aider, même si elle vivait dans des conditions « dégoûtantes ».

Il ne faut pas s’étonner du fait que leur déception façonne leur idée de ce que devrait être la politique. Le thème du respect des promesses, qui a retenu l’attention chez d’autres groupes de consultation, est aussi revenu : « Ils devraient tenir parole, respecter leurs promesses », a dit une femme. Une autre femme a soutenu qu’il faudrait, pour qu’un plus grand nombre aient voix au chapitre, que « les politiciens soient vraiment attentifs. Ils devraient écouter ce que la population a à dire et en tenir compte. » Elles n’ont pas l’impression de trop en demander. Une femme s’est exclamée : « Ce n’est pas si difficile que ça. On ne leur demande pas de marcher sur les mains. »

L’incapacité d’obtenir des services gouvernementaux ou l’aide de représentants élus à l’égard de préoccupations relativement simples devient source de frustration. Avec le temps, les gens finissent par se sentir de moins en moins concernés, et ils se désintéressent. « Ce n’est pas que je ne comprends pas. Je comprends, mais il y a là un manque d’intérêt », a dit une femme. Une autre a enchaîné : « C’est toujours la même histoire. » Les politiciens « finissent toujours par se battre entre eux au lieu d’essayer d’apporter des changements ». 

Lorsqu’il a été question de leur rôle en politique, la plupart des participantes ont insisté sur l’importance du vote, quoique « ça ne m’empêche pas de dormir si je ne vais pas voter », de dire l’une d’elles. Elles préfèrent plutôt « essayer d’aider », ce qu’elles considèrent comme étant de leur devoir.

Malgré leur sentiment aigu de marginalisation politique, les participantes étaient demeurées très positives face à la démocratie. Des mots comme « liberté, égalité, droits de la personne, transparence, esprit d’équipe, respect, honnêteté et intégrité » leur sont immédiatement venus à l’esprit. Lorsqu’on leur a demandé pourquoi leurs vues sur la politique et la démocratie différaient tant, une femme a donné l’explication suivante : « On ne fait pas confiance aux politiciens, mais il faut avoir confiance en la démocratie. »  

Dans l’ensemble, ce groupe a semblé l’un des plus démoralisés sur le plan de la politique, les participantes exigeant peu des politiciens et du gouvernement, mais se sentant ignorées et exclues.