Les jeunes à faible scolarité

Les jeunes à faible scolarité

Entre les mois d’août et d’octobre 2011, Samara s’est entretenu avec des Canadiens inactifs des quatre coins du pays réunis en groupes de consultation. Samara a publié les résultats complets de cette étude dans le rapport intitulé Les véritables étrangers : la politique et la démocratie vues par les citoyens inactifs sur le plan politique. Le présent document vise à étayer Les véritables étrangers, en fournissant plus d’informations et plus de détails sur les conversations à l’intérieur de chaque groupe de consultation. 

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Les sans-voix

Profil du groupe de consultation : À Hamilton (Ontario), Samara a rencontré huit jeunes de 19 à 22 ans, dont l’âge moyen était de 20,5 ans. Ces jeunes avaient un taux de scolarité moins élevé – raison pour laquelle les chercheurs de Samara les ont choisis, puisque la plupart des recherches sur l’engagement des jeunes ont été réalisées auprès de jeunes ayant fait des études universitaires. La majorité des membres de ce groupe n’avaient terminé que leurs études secondaires, sauf un, et un autre avait entrepris des études universitaires.  

Après l’école secondaire, la plupart des jeunes essaient de suivre leur propre chemin, d’acquérir une plus grande indépendance et de se suffire à eux-mêmes. Pourtant, avec seulement un diplôme secondaire en poche (et parfois même sans aucun diplôme), la tâche peut être ardue. Les choses n’étaient pas différentes pour les jeunes de ce groupe de consultation. Plusieurs avaient deux emplois, d’autres travaillaient par quarts dans une aciérie locale et un faisait partie d’un groupe de musique amateur.

Comme bien des jeunes de leur âge, ces jeunes avaient une opinion peu favorable de la politique et du gouvernement. Toutefois, alors que la plupart des autres groupes pouvaient attribuer leur frustration à des politiques particulières – le prix de l’essence, les impôts ou les frais de scolarité, par exemple, les participants de ce groupe étaient plutôt portés à croire que le gouvernement se souciait peu de leurs préoccupations, ne méritait pas leur confiance et était opposé aux choses qu’ils valorisaient. 

Devant des images des protestations contre le G20, un jeune homme a dit :

Cela montre bien à quel point on se fiche de nous – que dire de tous ceux qui ont été illégalement détenus, des filles à qui des agents de police de Toronto, des hommes, ont fait subir une fouille à nu? Pourquoi n’ont-ils pas réussi à se faire entendre? C’est dans des moments comme ceux-là qu’ils devraient pouvoir se faire entendre le mieux, et c’est ce que j’entends surtout.

Ce n’était pas de l’apathie; il y aurait plutôt lieu de parler d’un sentiment d’aliénation face aux dirigeants politiques et au gouvernement, à la base d’un sentiment d’impuissance.

Les plus jeunes ont aussi l’impression que les grandes sociétés sont dans le même camp que le gouvernement et profitent de leur position « pour faire de l’argent, pour le plaisir… elles se fichent de tout le monde ». Leurs réponses dénotent une attitude généralisée de « nous contre eux » envers la classe politique – une opposition dans le ton plus marquée que chez les autres groupes de citoyens inactifs.

Peu importe leurs vues sur la politique, les jeunes participants étaient pas ailleurs d’avis qu’il est « important de vivre dans une démocratie ». Ils croient aux idéaux démocratiques comme la liberté d’expression. Pourtant, certains estiment que leur rôle dans la démocratie s’arrête à l’obligation de vote. D’autres ont adopté un point de vue plus axé sur la collectivité. Par exemple, une jeune femme a dit croire que sa responsabilité démocratique première est d’être respectueuse envers les autres, parce que « ce que je fais a une incidence sur tout mon entourage ». Il semble que les jeunes qui sont moins actifs apprécient ce que la démocratie leur a apporté jusqu’à un certain point, mais ils mettent en doute leur capacité d’être entendus ou d’apporter des changements dans un système qui les a laissés sans voix : « La démocratie pour moi, c’est l’égalité de toutes les voix, que tous puissent se faire entendre… mais c’est impossible dans notre société. »

Quand on leur a demandé ce qu’il faudrait faire pour qu’ils se « soucient davantage » de la démocratie, un thème s’est dégagé, à savoir que la politique soit « plus intéressante » pour eux. Lorsqu’on leur a demandé de préciser leur pensée, ils ont indiqué qu’ils s’y intéresseraient plus si les enjeux les touchaient de plus près. Autrement, « ils peuvent faire ce qu’ils veulent; on s’en fout ». Les participants, à l’instar de ceux de plusieurs autres groupes, voudraient aussi « que le gouvernement tienne ses promesses ». À moins que les choses changent, les jeunes continueront vraisemblablement à considérer la politique comme « de l’intimidation, un lavage de cerveau ». Même s’ils sont convaincus qu’ils ont le « droit de savoir ce qui se passe », ils doutent de leur pouvoir de faire changer les choses. Par conséquent, nombreux sont ceux qui ne sont même jamais intéressés à la politique.