Les nouveaux Canadiens

Les nouveaux Canadiens

Entre les mois d’août et d’octobre 2011, Samara s’est entretenu avec des Canadiens inactifs des quatre coins du pays réunis en groupes de consultation. Samara a publié les résultats complets de cette étude dans le rapport intitulé Les véritables étrangers : la politique et la démocratie vues par les citoyens inactifs sur le plan politique. Le présent document vise à étayer Les véritables étrangers, en fournissant plus d’informations et plus de détails sur les conversations à l’intérieur de chaque groupe de consultation. 

Les femmes anglophones au Québec  | Les Canadiens à plus faible revenu | Les Autochtones en milieu urbain | Les femmes francophones au Québec  | Les nouveaux Canadiens  | Les jeunes à faible scolarité | Les Canadiens en milieu rural

Pas de signal de bienvenue

Profil du groupe de consultation : À Vancouver (Colombie-Britannique), Samara a rencontré un groupe de huit Néo-Canadiens âgés de 19 à 51 ans. Le plus ancien citoyen canadien avait obtenu sa citoyenneté à part entière il y a 4,5 ans – trois participants s’attendaient à obtenir leur citoyenneté dans les douze prochains mois. La majorité des participants vivaient au Canada depuis cinq à sept ans et venaient de régions de l’Asie de l’Est et du Sud; deux autres étaient d’origine européenne. Plusieurs avaient des enfants d’âge scolaire à la maison, mais le plus jeune était étudiant à l’université. La plupart d’entre eux avaient fait des études universitaires ou obtenu un diplôme universitaire. 

Chaque année, des milliers d’immigrants obtiennent leur résidence permanente, réussissent l’examen pour la citoyenneté et deviennent des citoyens à part entière du Canada. Ainsi, avant même d’avoir obtenu le droit de vote, les nouveaux Canadiens interagissent avec le gouvernement canadien et son système politique pendant des années. Les expériences communes des nouveaux Canadiens de ce groupe de consultation montrent qu’ils ont vite appris que le gouvernement et les politiciens ne se soucient pas vraiment de leurs préoccupations. En l’absence d’un « signal de bienvenue », d’une invitation à l’engagement politique, les participants ont préféré contourné le gouvernement. Bref, gouvernement et politique n’avaient aucun rapport pour eux.

Plusieurs nouveaux Canadiens de ce groupe de consultation, par exemple, ont dit que leur plus grande préoccupation était de trouver du travail pour eux-mêmes ou les membres de leur famille. Les agences de placement, financées par des subventions du gouvernement, peuvent aider à préparer un curriculum vitae ou à mener des recherches d’emploi. Cependant, comme un participant l’a fait observer, elles n’ont pas les contacts qu’il faut avec différentes industries pour mettre en relation avec elles les nouveaux arrivants qui n’ont pas de contacts dans le milieu. Un autre a dit souhaiter que le gouvernement canadien informe les immigrants, avant leur arrivée, de l’importance de l’expérience de travail canadienne.  

Il n’est pas surprenant alors que la recherche d’emploi n’ait pas toujours été couronnée de succès. Une femme qui a fait une demande de prestations d’assurance-emploi a trouvé que Service Canada n’était « d’aucune utilité ». Une autre s’est plainte du fait que Citoyenneté et Immigration Canada (CIC) ne pouvait pas lui dire si on avait reçu sa demande d’examen pour la citoyenneté : « Il est difficile d’arriver à obtenir la communication. » Bref, les nouveaux venus finissent par se résigner à l’idée que le gouvernement n’est pas vraiment là pour eux.

Les participants ont indiqué qu’ils devaient plutôt compter sur des chasseurs de têtes, des consultants, des sites Internet et des réseaux personnels pour obtenir de l’aide. Néanmoins, plusieurs ont signalé que la reconnaissance des compétences demeure un obstacle majeur. C’est à cet égard que le gouvernement pourrait jouer un rôle plus constructif dans leurs vies, mais les luttes constantes décrites démentent tout progrès. Une femme ayant été enseignante à Hong Kong a indiqué qu’elle n’avait pu trouver du travail que comme bonne d’enfants à son arrivée au Canada. Il faut beaucoup de temps et d’argent, a-t-elle dit, pour obtenir sa reconnaissance professionnelle au Canada. D’autres ont fait état d’expériences analogues vécues par des amis : « Lorsqu’ils arrivent ici, leur diplôme n’a aucune valeur… il faut recommencer à zéro. » Cette réalité n’a aucun sens à leurs yeux vu que le gouvernement canadien a souvent approuvé leur demande d’immigration en fonction de leur éducation et de leurs compétences.  

À l’instar d’autres groupes, les participants ont signalé au nombre des autres obstacles la difficulté à obtenir des réponses détaillées à leurs questions : « Il est facile d’obtenir de l’information de base, de savoir comment le système fonctionne, mais il est difficile d’obtenir des réponses sans équivoque. » Au bout du compte, les nouveaux Canadiens s’intéressent peu à la politique, préférant « accorder plus d’importance à leur vie personnelle – leur famille, leurs amis et la communauté ».

Bien sûr, les nouveaux citoyens éprouvent de la reconnaissance envers leur pays d’adoption, mais le chemin qu’ils ont parcouru a été parsemé d’embûches à en juger par les lacunes décelées dans les services gouvernementaux et l’absence, parmi les priorités politiques, des questions qui les intéressent, comme la reconnaissance des compétences. Ces expériences négatives pourraient avoir eu une incidence sur la façon dont les nouveaux Canadiens conçoivent leur propre rôle dans la démocratie. Pour plusieurs, ce rôle se limite à voter. Il y avait un certain empressement à être plus actif au palier municipal, mais moins au provincial et au fédéral. D’autres réponses étaient vagues. Un homme a décrit ce rôle comme étant simplement « la responsabilité d’être un bon citoyen ».