Indignés et législateurs

Indignés et législateurs

indignes et legislateurs

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Introduction 

Seule une faible proportion de Canadiens assistent à la période quotidienne de questions ou traversent le pays pour passer du temps sur la Colline Parlementaire. La plupart des Canadiens obtiennent de l’information et de l’analyse politique soit en regardant le téléjournal en soirée ou en lisant la presse écrite ou électronique.

Les médias aident les citoyens à se forger une opinion sur leurs dirigeants et le système politique. Cependant, le travail de ces médias est souvent l’objet de critiques de la part des politiciens, des citoyens et des médias eux-mêmes. On les accuse de dépeindre trop souvent le paysage politique de manière subjective et de trop personnaliser le débat. En effet, ils préfèrent couvrir les chicanes politiques au lieu de fournir à la population canadienne de l’information sur les questions importantes qui la touchent. Comme l’a dit un ex-député, les médias sont très sélectifs et très critiques à l’égard des politiciens et cela ne peut que mener à de l’indifférence de la part de la population.

De l’avis de certains, plutôt que de mobiliser l’attention des citoyens sur les questions d’actualité, une mauvaise couverture médiatique peut provoquer chez eux une aversion à l’égard des débats publics importants et diminuer leur confiance envers le gouvernement et la classe politique en général. Étant donné la baisse de participation électorale et d’engagement au sein des partis politiques, il vaut la peine de se questionner sur le bien-fondé de ces accusations. 

L’organisation caritative Samara, qui se consacre à l’augmentation de la participation citoyenne et politique au Canada, a réalisé la présente étude afin d’évaluer la validité des critiques les plus communes à l’égard des médias et surtout pour répondre aux trois questions suivantes :

  1. La couverture de l’actualité politique est-elle ouvertement ou couramment négative? 
  2. Les médias réussissent-ils vraiment à fournir à la population suffisamment d’informations sur les enjeux qui ont une incidence sur leur vie quotidienne?
  3. Les reportages portent-ils trop souvent sur le jeu politique ou sur la démarche empruntée par le gouvernement aux dépens des questions de fond?

Les médias sociaux deviennent de plus en plus une source d’information sur l’actualité; nous avons donc mené une étude initiale sur les conversations politiques sur Twitter. L’objectif était d’analyser ce qui était discuté en ligne et la manière dont les reportages de la presse écrite et de la télévision étaient intégrés aux conversations de ce réseau social.

Ce que nous avons fait

Pour répondre à ces questions, nous avons analysé la couverture de deux dossiers majeurs de l’actualité politique qui se sont déroulés à l’automne 2011. 

Le premier est le programme législatif du gouvernement fédéral, plus précisément trois projets de loi déposés à la Chambre des communes à l’automne 2011 : le projet de loi omnibus sur la criminalité (le projet de loi C 10), l’abolition du registre des armes d’épaule (le projet de loi C 19) et la fin du monopole de la Commission canadienne du blé (le projet de loi C 18). Le deuxième sujet d’actualité est le mouvement « occupons », qui a pris naissance aux États-Unis et qui s’est répandu à d’autres villes du monde, dont certaines au Canada. Contrairement aux projets de loi, ce sujet d’actualité provient d’une source autre que le gouvernement. Les deux sujets étant donc de sources différentes, nous avons pu comparer la couverture des politiques publiques et celle de l’action politique citoyenne au Canada.

À partir des données recueillies par le Centre pour l’Étude de la Citoyenneté Démocratique de l’Université McGill, nous avons examiné 7 594 reportages tirés de 42 grands quotidiens et 6 réseaux nationaux de télévision tant en français qu’en anglais. Plusieurs de ces reportages ont également été publiés en ligne, ce qui nous a permis d’analyser une part importante de la couverture à laquelle les Canadiens sont exposés, soit dans la presse écrite, à la télévision, et sur Internet. À l’aide de cette vaste base de données, voici comment nous avons procédé pour répondre à nos questions de  recherches. 

En premier lieu, nous nous sommes penchés sur le ton de la couverture de l’actualité politique, lequel peut influencer l’opinion de l’auditoire. Pour chaque article ou transcription d’émission télévisée, nous avons attribué une note pour le ton du reportage. Cette note a été calculée à l’aide d’un algorithme informatique automatisé, qui comparait la quantité de mots à connotation méliorative d’un article ou d’un téléreportage à la quantité de mots à connotation péjorative. Les articles qui ont obtenu des notes positives, donc indiquant une connotation méliorative, contenaient des mots comme « prometteur », « vigoureux », « soutien » ou « compromis ». Les articles qui ont obtenu des notes négatives, donc indiquant une connotation péjorative, contenaient surtout des descripteurs comme « gaffe », « nuisible », « colère » ou « résistance ». Les reportages neutres contenaient une quantité égale de mots à connotation méliorative et péjorative. 

Ces notes indiquent si le ton général de la couverture de l’actualité politique était souvent ou presque exclusivement négatif. Nous avons constaté qu’il existait des différences notables dans le traitement d’un même sujet par les journalistes de la télévision et de la presse écrite.

En deuxième lieu, nous avons examiné la quantité d’information offerte par les médias canadiens. Pour ce faire, des analystes de McGill ont lu et classé un sous-échantillon représentatif de 587 articles de journaux et 139 téléreportages portant sur les projets de loi du gouvernement ainsi que 399 articles de journaux et 127 téléreportages portant sur le mouvement «occupons».

Nous avons analysé la quantité d’information de chaque reportage en répertoriant la présence et le nombre de faits, ainsi que les éléments de contexte et d’analyse qui permettent aux lecteurs de mieux comprendre l’enjeu. Avec un tel dépouillement, nous avons pu déterminer dans quelle mesure les Canadiens doivent décortiquer les reportages avant de trouver l’information qu’ils cherchent. 

En troisième lieu, nous avons étudié l’angle des reportages sur le Parlement afin de voir si les médias mettent surtout l’accent sur le jeu politique et la course aux sondages. Pour ce faire, nous avons examiné le sous-échantillon de reportages sur les projets de loi du gouvernement et les avons classés en trois catégories d’après l’angle emprunté : le jeu politique; le processus gouvernemental, tel que les discussions techniques sur la procédure parlementaire; et les enjeux, tels que le débat sur les répercussions des politiques, leur contexte ou les options.

Nous avons également examiné la couverture de ces deux sujets d’actualité politique sur le média social Twitter. Nous avons examiné près d’un million de tweets liés au principal mot clé sur la politique canadienne (#cdnpoli) ou des mots-clés liés au mouvement « occupons » (#occupy et autres) pour voir à quoi ces tweets renvoyaient. On pense souvent que les médias sociaux encouragent l’influence et le rayonnement des sources d’information non traditionnelles. Nous voulions vérifier la validité de cette hypothèse dans le cas de nos deux sujets d’actualité. 

De plus amples renseignements sur la méthodologie de recherche sont disponibles en annexe.

Matière à réflexion

Notre projet est l’un des rares qui analysent systématiquement la couverture de l’actualité politique canadienne en dehors des campagnes électorales, et ce, à l’aide d’une base de données exhaustive. Même si nous limitons notre recherche à deux évènements politiques, la richesse de notre base de données peut mener à de nouvelles observations que les journalistes, les politiciens et la population canadienne pourront utiliser pour mieux comprendre la complexité de la couverture de l’actualité politique.

Avec cette étude à l’appui, Samara espère lancer un débat sur les forces et les faiblesses du journalisme politique d’aujourd’hui et encourager un dialogue sur les moyens de continuer à évaluer l’état du journalisme d’affaires publiques. Plus précisément, il nous faut répondre aux questions suivantes : quelle information, recueillie sur une base régulière, pourrait aider les journalistes et la population à comprendre la couverture de l’actualité politique? Dans quelle mesure la teneur de ce rapport peut-elle aider? Comment contribuer à un débat sain sur les médias politiques au Canada? Qu’est-ce qui importe aux Canadiens lorsqu’il s’agit de rassembler de l’information à caractère politique? 

Les commentaires des journalistes, des réalisateurs d’émissions de nouvelles, des médias et de la population, ainsi que les résultats de cette recherche seront utilisés afin de produire la section portant sur les médias de l’indice Samara. Ce rapport annuel vise à évaluer la santé de la démocratie au Canada. Cet indice, qui sera publié pour la première fois en 2013, mesurera la performance de la démocratie canadienne au-delà des campagnes électorales, en se concentrant sur la participation citoyenne, les débats publics et médiatiques, et la gouvernance politique (incluant le Parlement et les partis politiques).

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