Sondage des attachés politiques sur leur expérience du harcèlement et des agressions sexuel

« L’éléphant sur la Colline »

Parliament


Au printemps 2018, quelque 266 attachés politiques de députés, ministres du Cabinet et sénateurs ont pris part à un sondage anonyme sur leur perception et leur expérience du harcèlement et des agressions à caractère sexuel au travail. Le sondage a été mené par Joanna Smith, une journaliste de la Presse Canadienne, qui lui a consacré un reportage. Le Centre Samara pour la démocratie a donné sa rétroaction sur la conception du sondage et a accepté d’être une logithèque publique où les données seraient conservées d’une façon anonyme et sous forme d’agrégat.

Les réponses révèlent que le Parlement est un lieu de travail non sécuritaire pour beaucoup. Vingt-neuf pour cent des répondants ont dit qu’ils avaient été personnellement victimes de harcèlement sexuel au moins une fois pendant qu’ils travaillaient au Parlement. Neuf pour cent ont subi des agressions sexuelles. La majorité de ces incidents n’ont pas été signalés.


DÉFINITIONS

Harcèlement sexuel : pour les besoins du sondage, le harcèlement sexuel a été défini comme un comportement de nature sexuelle insistant et indésirable, qui peut donner à quelqu’un le sentiment d’être intimidé, traité comme un objet et/ou humilié.

Agression sexuelle : pour les besoins du sondage, l’agression sexuelle a été définie comme le fait d’être victime de baisers, d’inconduite ou d’attouchements indésirables de nature sexuelle, notamment des relations sexuelles orales et/ou avec pénétration, sans consentement préalable, continu et enthousiaste.


Les attachés politiques sont particulièrement vulnérables au harcèlement et aux agressions à caractère sexuel parce qu’ils sont généralement jeunes et au début de leur carrière, ils ont moins de capital social et un emploi précaire (travail contractuel, changement de bureaux de députés sans beaucoup de préavis et recrutement direct par les bureaux des députés au lieu d’une entité centrale). Leur lieu de travail se caractérise aussi par une dynamique de partisanerie bien particulière—avec une grande loyauté envers les élus et les partis politiques auxquels ils appartiennent.

Ces conditions valent sans doute pour d’autres employés politiques, notamment le personnel des bureaux de circonscription; les pages; les stagiaires; les employés de la Chambre des communes, des politiciens provinciaux, territoriaux, locaux et municipaux; et les travailleurs et bénévoles de campagne. Le nombre de personnes que cela pourrait toucher risque d’être considérable.

Il y a un problème de harcèlement et d’agression à caractère sexuel en milieu de travail qui est au cœur même de notre démocratie—précisément l’endroit où sont adoptées les normes et les politiques pour l’ensemble du pays et qui est généralement considéré comme un modèle de bonne gouvernance.

À la fin de la présente session parlementaire (22 juin 2018), le projet de loi 65 qui vise à s’attaquer au harcèlement et à la violence sexuelle dans les lieux de travail fédéraux, a passé la troisième lecture au Sénat. Il devrait recevoir la sanction royale une fois que la Chambre reprendra ses travaux cet automne. Ce projet de loi va obliger les employeurs à empêcher et à sanctionner le harcèlement et la violence, notamment à caractère sexuel, et à mener des enquêtes et à faire de signalements sur les incidents dont ils ont connaissance. Les employeurs fédéraux devront aussi mettre en place une politique sur le harcèlement sexuel et rendre compte au Parlement des incidents ayant nécessité son utilisation. Le personnel parlementaire et politique sera inclus dans ces nouvelles lignes directrices.

La Chambre des communes a aussi obligé les députés à recevoir une formation pour lutter contre le harcèlement et les employés, autres membres du personnel de la Chambre, stagiaires et bénévoles à avoir dès leur entrée en fonction un breffage sur la politique adoptée par la Chambre des communes pour lutter contre le harcèlement.

Il faudra du temps et d’autres études pour savoir si ces mesures suffiront à changer la culture et les conditions qui rendent vulnérables les attachés politiques au Parlement. Au final, la santé démocratique du Canada en pâtira si des personnes talentueuses, engagées et ambitieuses (surtout des femmes) continuent de quitter ou d’éviter le Parlement parce qu’il y règne une culture du travail qui n’est pas sécuritaire et productive.


Les données

La Presse canadienne a fourni les données ayant servi à cette étude. Vous trouverez ci-dessous la méthodologie intégrale.

Sondage mené auprès des attachés politiques par la Presse canadienne en 2018 [Excel]

Pour toute question sur la documentation ou les données, veuillez communiquer avec Mike Morden, directeur de la recherche à Samara, [email protected]


Principales conclusions 

Vingt-neuf pour cent des répondants ont indiqué avoir été personnellement victimes de harcèlement sexuel au travail.

Dans votre rôle de membre du personnel politique, que ce soit directement au travail, dans une fonction liée au travail ou dans vos interactions avec vos collègues ou vos supérieurs, avez-vous déjà été personnellement victime de harcèlement sexuel ?

Curieusement, 78 % de ceux qui ont été victimes de harcèlement ne l’ont pas signalé (en jaune dans le diagramme ci-dessus).

Quand on leur a demandé pourquoi ils ne l’avaient pas signalé, environ la moitié a dit qu’ils craignaient que cela ait des répercussions négatives sur leur carrière, qu’ils ne pensaient pas que le harcèlement était assez grave pour justifier une plainte ou que le signalement ne changerait rien.

Si vous n'avez pas signalé le harcèlement sexuel, pourquoi ?

La plupart des répondants qui ont subi un harcèlement sexuel ont dit avoir été victimes de plus d’une forme de harcèlement et harcelés à de nombreuses reprises. En repensant à l’incident qui les avait le plus marqués, les attachés politiques ont identifié les auteurs comme étant un autre député (32,4 %); un collègue qui travaille ailleurs sur la Colline (14,9 %); le député pour qui ils travaillent (8,1 %); un lobbyiste, un concitoyen ou une autre partie prenante qu’ils connaissent par le biais du travail (5,4 %); et un collègue non politicien qui supervise leur bureau qui a un rôle de supervision (4,1 %). Certains ont identifié des personnes qui ont d’autres rôles. Une bonne portion des répondants a refusé de répondre.

En ce qui concerne l'incident que vous avez sélectionné dans la question précédente, qui vous a harcelé sexuellement ?

Sur les 266 qui ont répondu au sondage, 9 % ont été agressés sexuellement au travail. Le nombre de personnes ayant signalé l’agression et l’agresseur est à peu près similaire à celui des cas de harcèlement. Toutefois, une raison différente a été plus susceptible d’être invoquée pour expliquer pourquoi ils ont décidé de ne pas signaler l’agression : ils ne pensaient pas que cela changerait quelque chose.


Méthodologie

  • Le sondage en ligne anonyme a duré environ trois semaines (du 20 février au 12 mars 2018).
  • Des invitations ont été initialement envoyées aux comptes de courriel général, A1, A2 et A3 des députés, aux employés du Sénat (identifiés sur le site Web du Sénat) et à des attachés politiques clés dans chaque bureau ministériel (chefs du personnel, directeurs de la communication et secrétaires de presse). Plusieurs rappels ont aussi été faits par courriel. 
  • Cela a représenté environ 1 500 personnes, mais comme certains courriels sont revenus et il y a des destinataires qui n’étaient pas au bureau, c’est impossible de dire avec certitude combien de personnes ont reçu directement l’invitation initiale.
  • Les attachés politiques ont été invités à partager le sondage avec d’autres employés travaillant à ce moment-là dans les bureaux des députés, des sénateurs et des ministres du Cabinet sur la Colline du Parlement, en utilisant une version de la méthode boule de neige. Par conséquent, ce n’est pas possible de savoir combien de personnes au total ont eu accès au sondage.
  • Le taux de réponse (266) dépasse celui de sondages comparables menés auprès des attachés politiques récemment au Royaume-Uni et aux États-Unis.
  • Le sondage s’est déroulé en français et en anglais, et il a été complété à 78 pour cent. Les répondants y ont passé en moyenne huit minutes. 

Les illustrations ci-dessous fournissent de plus amples renseignements sur les répondants :


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